Vous avez dit Beaux-Arts ?

 

"Pour beaucoup, Charleroi était jusqu'il y a peu une ville sans passé. Longtemps, elle est restée enfermée dans ce carcan de ville industrielle, d'usines et de cheminées, dans une région nommée de manière un peu réductrice, "Pays Noir".

Depuis les années nonante, une prise de conscience s'est fait jour : l'histoire de la ville offre de multiples facettes. Celles-ci reflètent les quelques siècles d'existence de "la plus jeune des métropoles belges". Une métropole qui fut d'abord forteresse; ensuite coeur urbain d'une région industrielle prospère, et enfin noyau d'une reconversion. Cette évolution se traduit clairement dans l'architecture. Ville moyenne au niveau européen, Charleroi a besoin de se positionner favorablement par rapport à ses concurrrentes et pour ce faire, elle doit notamment s'appuyer sur son patrimoine remarquable.

La reconnaissance de l'existence d'un patrimoine à Charleroi s'est faite en plusieurs étapes : un inventaire exhaustif (outil de promotion de l'image urbaine) a d'abord été réalisé par Espace Environnement. Il a permis d'identifier ce patrimoine et de sortir de l'ombre nos plus beaux édifices. L'étape suivante a été le classement des bâtiments  les plus remarquables. Parmi ceux-ci, la Maison dorée et la Maison des médecins, chefs-d'oeuvre de l'Art nouveau, la demeure Art déco de l'avocat Dermine et l'immeuble moderniste conçu par l'architecte Leborgne, au quai de Brabant".

(Extrait de la préface signée par le Collège des Bourgmestre et échevins de la ville de Charleroi pour le très beau livre "Charleroi, ville d'architectures", sous-titré "Du Temps des Forteresses aux Années Folles", co-écrit par Jean-Alexandre Pouleur, Anne-Catherine Bioul et Alain Dauchot, disponible auprès de Espace Environnement ASBL, 29 rue de Montigny à 6000 Charleroi)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PETITE LECON D'HISTOIRE AU SUJET DE L'AVANT PALAIS DES BEAUX-ARTS

Les écoles ne sont pas les seuls lieux de diffusion d'une culture. Durant le XIXe siècle, la ville fut fréquemment visitée par des troupes d'acteurs ambulantes, rien d'étonnant dès lors si la ville possédait depuis le début du XXe siècle, des infrastructures propres à ce moyen d'expression. Le plus célèbre, voire le plus incontournable, se situait sur le côté est de la place du Manège. Avant la Première Guerre mondiale, au n° 1, l'hôtel Imbert côtoyait le cirque construit en 1902 par Auguste Bovyn. Ce théâtre des Variétés fut le moteur économique de la rue dont l'aménagement (égouttage et pavement) ne fut réalisé que tardivement, entre 1918 et 1920. Il était mitoyen du local du jeu de balle et les chiens étaient encore, en ce temps-là, un moyen de traction à la portée de beaucoup...

Transformé en 1928 par sson nouveau propriétaire, Gustave Bernard, le Théâtre des Variétés engloba les premières habitations mitoyennes et accueillit, la même année, un cabaret dansant connu sous le nom de "Au Normand". Nombre de célébrités du temps y ont défilé : le chanteur Maurice Chevalier ou le politologue Jules Destrée. En 1930, on y célébra le centenaire de l'Indépendance par une série de 20 tableaux mis en scène par Henrotte et André. En 1935, l'architecte local Joseph André était chargé, sur l'emplacement des Variétés, d'élaborer le palais des Beaux-Arts afin de donner une structure officielle aux expositions et concerts issus de l'ébullition artistique que connaissait la ville.

L'excellent site Sambraisie publie ci-dessous un résumé très éclairé des différentes phases de ce qui a précédé l'actuel palais des Beaux-Arts dont vous trouverez une suite de photographies personnelles mise en vidéo et montrant les alentours immédiats en bas de cette page.

 

Dans son ouvrage historique « Charleroi, ce désert culturel ?» Emile Lempereur rapporte que le 9 avril 1883, le Conseil communal de Charleroi accorda l’autorisation à l’architecte Auguste Cador – par ailleurs auteur dramatique dialectal – « d’édifier et d’exploiter une salle de spectacles sur un terrain situé entre le boulevard Central (l’actuel boulevard de l’Yser), le boulevard de l’Ouest (l’actuel boulevard Jacques Bertrand) et la rue de France ».
Cette décision donnait naissance à l’un des bâtiments carolos aujourd’hui centenaires: l’Eden. Elle marquait ainsi le début de plus d’un siècle d’essors et de déclins, d’abandons et de transformations, d’espoirs fous et de découragements, où la petite histoire rejoint parfois la grande.

La genèse

Le théâtre d’Auguste Cador est construit en 1884-85. C’est le premier théâtre en matériaux durables de Charleroi ; le « Grand Cirque » de la place du Manège – qui deviendra plus tard le Théâtre des Variétés et, en 1957, le Palais des Beaux-Arts – ne verra le jour qu’en 1902. Sous le nom de Eden-Théâtre, la salle accueille des troupes permanentes d’opérettes, des opéras-comiques, des drames, des comédies et du vaudeville. En 1892, l’illustre Sarah Bernhardt vient y jouer « La Dame aux Camélias » au profit des familles des victimes de la catastrophe minière d’Anderlues. La petite histoire raconte d’ailleurs que l’actrice se serait foulé la cheville sur la scène en pente et n’aurait plus jamais voulu revenir dans la cité carolorégienne pour cette raison. Plus tard, pour ne pas confondre le lieu avec le cinéma Eden situé dans le Palais du Peuple, la population carolo rebaptise la salle « Ancien Eden ». C’est d’ailleurs cet intitulé que l’on retrouve sur l’arrêt de tram situé devant les lieux.

L’exil

Incapable de continuer à gérer sa salle, Auguste Cador convainc la Province de Hainaut de racheter l’Eden. Le lieu accueille pendant plusieurs décennies un public nombreux et la brasserie ne désemplit pas. Pendant la seconde guerre mondiale, l’Eden sert même de quartier général aux alliés venus libérer Charleroi. Mais, à la fin des années 50, la salle tombe peu à peu en désuétude à cause de la concurrence de l’imposant Palais des Beaux-Arts. On n’y donne plus guère que des combats de catch et de boxe et quelques spectacles de variétés. La Province de Hainaut finit par transformer le lieu en école : la brasserie devient d’abord une bibliothèque puis est scindée pour accueillir des classes tandis que la grande salle se mue en salle de gymnastique.



La résurrection

Au début des années 90, la Province quitte progressivement l’Eden pour installer ses élèves à la Samaritaine et dans d’autres implantations. La petite équipe de la Maison de la Culture saisit alors sa chance et investit une partie des lieux en septembre 1992. La boucle est bouclée : l’Eden retrouve son affectation originelle de salle de spectacles.

Non sans mal. La Maison de la Culture – qui accèdera au statut de Centre culturel régional en 1995 – dispose alors de très peu de moyens. « On a passé plusieurs week-ends avec Ali Duman, Silvano D’Angelo et Mohammet Kamil à casser des murs à la masse et à transporter des briques à la brouette », se souvient Pierre Bolle, promu directeur l’année précédente. « La salle résonnait comme un tambour. On l’a isolée acoustiquement avec de la laine de roche et on a tout repeint en noir ». C’est le groupe Sttellla qui inaugure la salle avec son tubesque « Tous, tous, tous à Torremolinos ». « Au départ, il n’y avait pas de places assises », poursuit le directeur, « On a ensuite récupéré des gradins en bois et en métal que le Palais des Expositions utilisait pour les spectacles d’Holiday on Ice. Même si on y avait ajouté des dossiers, ce n’était pas très confortable ! » Mais si la salle de spectacle peut fonctionner, la partie administrative du bâtiment est complètement mérulée et les combles sont infectées de crottes de pigeons. Il faut tout reconstruire.

En juin ’96, l’Eden ferme donc à nouveau ses portes pour entamer d’importants travaux de rénovation. Le projet architectural est confié aux architectes Pierre et Pablo Lhoas, carolorégiens d’origine. Le bâtiment intègre également une œuvre du sculpteur Marc Feulien.

L’Eden, flambant neuf, est inauguré en grandes pompes le 23 septembre 1997, à l’occasion de l’ouverture du troisième festival Charleroi bis-ARTS.

Aujourd’hui, l’Eden fonctionne en synergie avec le Palais des Beaux-Arts en proposant une programmation multidisciplinaire siglée « PBA+Eden » et occupe une place de choix dans le paysage culturel carolo. Après un siècle de galères, le paradis est retrouvé.

Pour la vidéo, cliquez sur QUARTIER BEAUX-ARTS. Portez-vous bien, soyez heureux et n'oubliez pas de sourire...

QUARTIER BEAUX-ARTS

Montage et photos de Jean-Pierre Arte


Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site