Un centenaire qui ranime des souvenirs...

Moments d'histoire et petits détails de Montignies-sur-Sambre.

Pour un historien, traiter d'un sujet tel que l'étude d'une commune en partant de sa création et avec suffisamment de détails n'est déjà pas chose aisée. A fortiori pour quelqu'un comme moi qui, même étant fort curieux, ne possède ni les moyens ni les qualités nécessaires. Pour présenter ce modeste exposé sur Montignies-sur-Sambre, je n'ai eu d'autres ressources que d'aller fouiller dans les livres. Et encore fallait-il tenter de n'en retirer que l'essentiel, mais quel essentiel ? Au fur et à mesure de la lecture, je me rendais compte que les résumer était pratiquement impossible tant les événements sont liés. Il me fallait cependant prendre une décision. J'ai finalement opté pour les options suivantes : situer quelques lieux (rues, quartiers...) à quelques époques fortes des charbonnages et aussi vous offrir quelques anecdotes sur la vie ancienne de cette commune. Certaines peuvent être savoureuses, d'autres cruelles mais reflètant bien la vie d'autrefois. En me livrant à ce "travail", je n'ai pas eu la prétention d'être complet. Je laisse ce soin aux historiens de renom. J'ai simplement eu l'idée de présenter Montignies-sur-Sambre sous forme de flashes. En voici le résultat que je vous présente en espérant que je saurai vous conduire jusqu'au bout. Pour vous aider, j'ai inséré à certains endroits-clés, une vue tirée de Google Earth ainsi que des scans de cartes postales anciennes et, bien sûr, de photos personnelles.

 

 

 

 

 

 

Pour reprendre une des phrases de Claude Yernaux, auteur de "L'histoire de Montignies-sur-Sambre" au XXème siècle, "comme dans un trucage cinématographique, pour Montigny, le temps s'est ralenti et le mouvement s'est accéléré. En moins d'un siècle, il a changé d'époque". C'est l'industrialisation qui a sorti la commune d'une profonde léthargie. En 1847, il ne naissait déjà plus, sur son territoire, que 59% de ses habitants. En 1913, l'apport des étrangers à la commune était de 61,5%. En moins de quarante ans, sa population passera de 3.124 habitants à 10.929 habitants. Quand éclatera la guerre de 1914, le petit village (622 habitants en 1690) sera devenu, au plus fort de son industrie, une importante commune de 20.000 âmes. Les coups de ralenti de l'industrie lourde n'ont pas interrompu sa métamorphose permanente. "N'importe quel étranger qui l'aurait visitée vers 1914 pourrait en témoigner. Le Montigny de 1965 est aussi différent de celui de 1914 que ce dernier l'était du Montigny de 1830".

J'ai trouvé intéressant de décrire l'évolution de Montigny, comme le fit Claude Yernaux, au départ de l'apparition de certaines rues et autres lieux car ils montrent très bien comment Montigny a pris ses limites avec Charleroi. Cette topographie se situe en début 1914. La Neuville, que plus rien ne distingue de nos jours de Charleroi, en était nettement séparée. Les rues suivantes n'avaient été créées que depuis fort peu de temps : rue du Ravin, rue Tumelaire, rue Spinois, rue de l'Athénée, rue d'Assaut, avenue Gillieaux et boulevard Defontaine. Toutes ces rues de Charleroi avaient été tracées sur l'emplacement des anciennes fortifications, démolies vers 1870. Avant d'aller plus loin, la photo de la façade du 28, rue d'Assaut montre, par la plaque y apposée, l'ancienneté relative de ces artères.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Charles de Gaulle 1890-1970. Blessé le 15 août 1914 à la bataille de Dinant, le lieutenant Charles de Gaulle, futur président de la république française, retrouvera en cette maison, le 16 août, sa soeur Marie-Agnès, épouse d'Alfred Cailliau, ingénieur aux charbonnages du Poirier"

Marie-Agnès, Caroline de Gaulle est née à Paris le 27 mai 1889, soit seulement un an plus tôt que son frère Charles. Elle épousa Mr Alfred Cailliau, ingénieur, et de cette union naquit un fils, Joseph, à Lille en 1910. Mr Alfred Cailliau fut ingénieur en Chef au charbonnage du Poirier. Il habita dans la maison appartenant au charbonnage et située au coin de la chaussée de Charleroi et de la rue Bois Monceu. Il déménagera plus tard pour aller s'installer à la rue d'Assaut à Charleroi, d'où il fut rayé des registres de la population en 1919, étant parti pour Le Havre.

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 

 

 

 

 

La rue Spinois, qui forme la limite entre Montigny et Charleroi, n'était pratiquement pas bâtie en 1914 des casernes au charbonnage du Pays de Liège. En cet endroit, elle était bordée de champs et de prairies dui descendaient doucement jusqu'au terril du Fond Malice. C'est là que se trouvaient le vieux cimetière de la ville et les remparts sur les traces desquels furent édifiés l'institut médico-chirurgical Arthur Gailly, le terrain de football du Sporting et la maternité Reine Astrid. Celle-ci plus particulièrement, est bâtie sur l'emplacement des terrils que l'on enleva quelques années après la guerre de 1914-1918.

Le charbonnage du Pays de Liège était ceinturé de rues qui ont toutes disparues, à l'exception de la partie médiane de la rue Goor. Dans la portion Nord de la rue Spinois existait un passage à niveau, non loin du petit terril derrière lequel se trouvait le verdoyant Fond Quinet dont les prairies s'étendaient jusqu'au viaduc. De là, partait le sentier de la Violette qui conduisait, d'une part, à la Grand-rue de Charleroi, face à la rue Oblique, et, d'autre part, à la rue du Bois del Bolle, près de la maison du garde du Chemin de Fer de l'Est Belge, laquelle rue menait elle-même aux Quatre-Bras de Gilly.

 

 

Stade du Sporting Stade du Sporting (photo 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les actuels quartiers T'Serclaes de Tilly, de la cité de l'Europe, des rues Neuve et Paul Janson, n'étaient que prairies. Sur l'emplacement du terrain de football de l'Olympic, on pouvait voir s'élever, en 1913, des murs en briques neuves. C'était là les bases de la nouvelle prison de Charleroi dont les travaux furent interrompus dès le début de la guerre pour n'être jamais repris. A l'endroit du stade Edmond Yernaux, se trouvaient le siège d'exploitation et les annexes du charbonnage du Résolu qui s'arrêtera en 1930, comme d'autres, pour manque de rentabilité. Une écluse et un pont-levis barraient la rivière au bas de la chaussée Solvay qui, à l'époque, s'appelait encore chaussée de Couillet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue actuelle du terrain de l'Olympic   © Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 


                                                                                                     Stade Edmond Yerniaux © Un reflet dans le miroir du Reflex 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première maison communale avait été édifiée sur la place du Blot. Elle servait d'habitation à un policier et une partie de ses locaux était utilisée par l'école maternelle. Celle-ci n'eut jamais qu'une titulaire, Mme Veuve Paquet, une instututrice au coeur d'or qui se donnait toute entière à sa classe et à ses deux enfants. La seconde maison communale fut démolie vers 1910 alors qu'elle avait un peu plus d'un demi-siècle. Quant à l'hôtel de ville actuel, il fut inauguré en 1911. Il dominait une place désuète -la place du Village-, écho déjà affaibli d'une époque qui se mourait : du côté Ouest, la cour du "Marchau" (le maréchal-ferrant); du côté Est, la cour Henriet, encore dénommée la cour Matha; aux deux coins, de part et d'autre de la chaussée de Gilly, le café de la Barrière et le café Roisin, siège d'une école de musique et de diverses sociétés. La rue du Calvaire n'était qu'ébauchée. A quelques mètres de la maison du Dr Delforge, elle n'était encore qu'un sentier qui allait rejoindre le sentier de la Duchère. Le coeur brutal, l'Eldorado industriel de la commune -les deux usines du Marais et de Champeau, plus tard Sambre-Et-Moselle- battait entre la rue du Marais, une partie de la chaussée de Châtelineau et la Sambre. Autour de la vieille "Chapelle à rat" se pressaient en rues biscornues d'antiques et misérables maisons. La chaussée de Charleroi passait, à la limite de Charleroi, près du charbonnage du Tunnel et, plus près de la Place Saint-Jean, à proximité des scieries Bricoult. Entre la rue du Capitaine et la rue des Guides, s'élevait un grand mur de soutènement en pierres, garni d'un garde-fou, et au pied duquel débouchait le Ri Lepage qui allait se jeter dans la Sambre, non loin du bas de la rue des Rives.

Cloche de la seconde maison communale 1856-1910 © Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

Hôtel de ville actuel, photo prise le 17.09.2010, jour du vernissage de l'exposition "100 ans, l'histoire d'une commune, notre histoire commune" à l'occasion du centième anniversaire de la Maison Communale Annexe de Montignies-sur-Sambre.

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout comme beaucoup de rues actuelles déjà citées, la rue du Grand Central n'était, au début du siècle, qu'un sentier sur lequel on allait, par deux fois, bâtir une petite gare en bois, servant de point d'arrêt sur la ligne de Lodelinsart à Givet. A cet endroit, on trouve aujourd'hui la station de métro CHET. La rue Ferrer, entre la rue Grimard et l'intersection des rues Longue Bourse et Chet, n'existait pas. C'était une tranchée large et profonde, dont le fond rejoignait le niveau de la rue de Lodelinsart, au lieu-dit Fond du Ri car c'était là qu'aboutissait le Ri de Villé issu des campagnes Janson à Gilly. Le ruisseau passait sous la rue de Lodelinsart, mais ses eaux réapparaissaient avant d'aller se perdre dans le grand conduit qui les drainait jusqu'au fond Saint-Jean. C'est ainsi que ces travaux dissimulèrent à la vue un ruisseau qui joua un grand rôle dans le destin de la commune puisque c'est lui qui alimenta en eau et en poissons la première villa romaine. A l'époque féodale, son onde claire était peuplée de truites que les manants pêchaient clandestinement et à grands risques, ces poissons étant réservés à la table du seigneur.

 

 

 

Station de Métro Chet, en attente d'ouverture...

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 

 

Rue Ferrer actuelle, vers le Centre de la Neuville

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'EXPLOITATION DES FOSSES, un danger permanent

"Petit à petit, des personnes aisées intervinrent comme associées pour exploiter une fosse et des ouvriers furent occupés par elles. Au 18ème siècle, la veine de Bonne Espérance était déjà exploitée de la sorte. Le nombre de houilleurs variait d'un mois à l'autre. En mai 1763, on en comptait 11; 19 en juin et en juillet; à certaines époques, il n'y en avait que 9, par contre on en a compté jusqu'à 43.

Les ouvriers gagnaient 10 sols par jour(1), d'autres n'en recevaient que 9, 8, 6 ou 5. En cas d'accident, ils n'étaient pas indemnisés. J.-B. Stordeur, de Gilly, occupé à Bonne Espérance, fit la déclaration suivante lors d'un procès en 1763 : "déclare en outre avoir été pris par du feu grisou, aïant resté l'espace de quatre semaines impossible de pouvoir travailler, sans avoir aucun salaire".
Je pense inutile de m'étendre davantage sur les conditions de travail dans les charbonnages de l'époque. Malgré toutes les améliorations, 1956 à Marcinelle reste une date-référence dans cette lutte d'extraction de la houille. 

 1956 - 1800 : "seulement" 156 ans plus tôt. Cette année-là, un coup de grisou éclate à la fosse Drion (Bonne Espérance) qui fait 14 victimes. Certes, c'est nettement moins que les 262 du Bois du Cazier. Cependant, outre le fait que 14 victimes, c'est toujours 14 de trop, il est très interpellant de constater l'âge de ces victimes. Voici la liste, telle que reproduite par E. Yernaux et F. Fiévet dans leur ouvrage "L'histoire de Montigny-sur-Sambre" paru en 1930 :
Jean-Joseph Deprez, Melchior Lalieu, Charles Bauthier, Remy Lefèvre (33 ans), Toussaint Ghislain (26 ans), Michel-Joseph Roisin (16 ans), Etienne Ratrigue et Nicolas Ratrigue (19 ans), François Pièrard (23 ans), Jacques Marin (18 ans), Joséphine Heine (12 ans) et Jacques Ratrigue (11 ans).

(1) J'ai tenté de trouver le moyen de convertir la valeur d'un sol ou d'un sou en 1763. J'ai pu savoir qu'un sol était l'équivalent de cinq centimes...en 1890. De mes recherches (interrompues, je l'admets) sur Internet, j'ai retenu l'article suivant :
"Je lisais le premier tome du Comte de Monte Cristo et il était souvent question du terme piastre pour désigner la monnaie de l'époque (19ème siècle). 
Au Québec, dans le jargon populaire, il est courant de parler de notre dollar en utilisant le mot piastre (prononcé "piasse"). Toujours dans la thématique vernaculaire, on peut se poser la question à savoir ce que veut dire l'expression : changer 4 trente sous pour une piastre. Si vous entendez un québécois dire ça, vous devrez traduire ce qu'il veut dire par : changer pour quelque chose d'exactement identique.

Mettons cette expression sous la loupe :

Au Canada, le mot sou est utilisé dans le langage courant pour dénommer la division du dollar canadien, dont le terme officiel est cent. Les pièces d'un cent ont le nom vernaculaire de sou noir, et les pièces de vingt-cinq cents, celui de trente sous.

Pendant tout le régime français, on utilisait, en Nouvelle-France, le même système monétaire qu’en France. Ce système était fondé sur la livre, qui se divisait en 20 sous.

En 1760, les Britanniques font la conquête de la Nouvelle-France, mais ils laissent en place le système monétaire français. En effet, à cette époque, la livre anglaise et la livre française ont à peu près la même valeur.

Au 19e siècle, les dollars font leur apparition. Il y a donc deux systèmes monétaires qui coexistent : la livre et le dollar. Les gens les utilisent sans trop les différencier.
Le gouvernement du Canada détermine que six livres équivalent à un dollar. Puisqu’il y a 20 sous dans une livre et six livres dans un dollar, il y a donc 120 sous dans un dollar (6 fois 20). Et 120 sous divisés par 4 égalent 30 sous. Comme la livre et le dollar étaient interchangeables dans l'esprit des gens, ils se sont mis à dire que ça prenait quatre 30 sous pour faire un dollar. Ce qui a ajouté de la crédibilité à l'expression, c'est que pendant un certain temps il a effectivement existé des 30 sous en papier, imprimés par des compagnies ferroviaires.
C'est en 1858 que le gouvernement décide de créer le dollar canadien, de même que les pièces de 25 cents. Ce qui ne nous empêche d’utiliser encore des 30 sous... même s'ils ne valent que 25 cents."
(Sources : * Piastre, Wikipedia * Les coups de langue de la grande rousse)

Si quelqu'un a le bon calcul, merci de me l'adresser à l'adresse spotjipi@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Quelques traces de charbon sur les lieux actuels de l'ancien site des charbonnages de l'Epine.

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 


 

"A la sortie de la fosse" (1954)

huile sur panneau

de Edmond Dubrunfaut

Collection

Bois du Cazier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA VIE DES MONTAGNARDS
L'habitation

Le logement était loin d'être parfait. Les gens habitaient généralement dans des maisonnettes faites de pierres provenant des carrières qui existaient sur la route de Charleroi à Montigny, entre la forteresse et le lieu-dit St-Jean. La petite chaumière comprenait, au rez-de-chaussée, une pièce devant et une pièce derrière sans porte vers l'extérieur. A l'étage, au-dessus de deux pièces aux murs le plus souvent dépourvus de plafonnage, le toit apparaissait, nu et rude, sans aucun revêtement. Néanmoins, ce toit était couvert de chaume perméable à la pluie et même au froid. Sur le côté de la maison, s'élevait un "rang" pour le cochon, une bergerie ou un fournil.
La première brique d'une habitation était posée par l'un des enfants du propriétaire. On plaçait, en-dessous d'elle, une pièce d'argent, l'effigie d'un saint ou une médaille bénie. Le gros oeuvre terminé, on plantait le bouquet sur la cheminée, signal d'une beuverie. Une nouvelle maison n'était jamais occupée avant d'avoir été bénie par le prêtre. On ne manquait pas non plus le "pindâdge du crama" (notre pendaison de crémaillère). Cette action revêtait un double aspect : l'un juridique, l'autre folklorique. "on peut croire" qu'avant de marquer la prise de possession, la pendaison du crama a symbolisé et solennisé l'acquisition de la propriété. Le crama consacrait l'existence du foyer. Et le foyer, c'était l'essentiel pour le vieux Montagnard, même s'il avait l'habitude de fréquenter l'estaminet du quartier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les tramways

Les Hennuyers d'aujourd'hui et, plus principalement les Carolos savent les problèmes que pose la régularité de la circulation des autobus des T.E.C. mais cette page n'est pas le lieu pour en discuter. Cette remarque est faite seulement pour introduire un épisode de la saga des tramways à Montignies au départ de l'an 1874. C'est cette année que la première concession pour une ligne de tramways à traction animale fut accordée. En 1892, des tramways à vapeur furent substitués au "chemin de fer américain" et ils circulèrent jusqu'en 1902. Cette année vit l'apparition des premières motrices électriques. Elles constituaient un énorme progrès, d'autant plus appréciée par les usagers que la vitesse était plus élevée et le tarif plus économique. Le trajet en tram à vapeur, lent, poussièreux et inconfortable, coûtait 15 centimes de la Place du Centre aux Jésuites. Ce tarif, sur les trams électriques, fut ramené à 10 centimes.
A cette époque et jusqu'en 1918, il y avait des voitures de 1ère et de 2ème classe, un supplément de cinq centimes étant imposé aux voyageurs de première classe. 

Comme la société des tramways, les Montagnards désiraient depuis longtemps quel tram 5 pût aller jusqu'à la gare du Sud.

 

Les intérêts des voyageurs désirant prendre le train ou ayant affaire à la ville basse. Pendant des années, ni leurs doléances, ni les interventions de la commune de Montignies, n'eurent d'effet. La ville de Charleroi, pour ne pas mécontenter les cafetiers installés aux trois coins des Jésuites (carrefour ainsi nommé à cause de la présence du Collège du Sacré-Coeur, mieux connu, encore aujourd'hui, sous ce nom des Jésuites), la ville, donc, se refusa à toute modification. Mais, vers 1934, enfin cette opposition fut abandonnée. Les travaux sur la Sambre, les nécessités de la circulation, le nombre toujours croissant des personnes allant travailler à Bruxelles, les études sur les futures grandes transformations de la ville, concoururent à faire finalement triompher le bon sens et l'intérêt général. A la suite de ce revirement, prit corps le projet de prolongation de la ligne 5 jusqu'à Châtelineau par le Roctiau, projet qui devenait possible grâce à la création de la rue de la Fontaine, jusqu'alors sentier étroit menant à la chaussée de Châtelineau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lourd tribut de Montignies durant la seconde guerre mondiale

 

Plus que toute autre commune de la région, Montignies eut à souffrir des bombardements. Outre les drames personnels et les énormes destructions matérielles qu'ils engendrèrent, ils eurent une profonde influence sur une courbe démographique qui, s'infléchissant déjà depuis 1930 par suite de la crise économique, allait redescendre à peu près au niveau de 1914.
Il est difficile de déterminer les causes de la désastreuse distinction qui fut faite ainsi à la commune, les destructions n'étant pas survenues dans le feu d'une bataille, mais dans le cadre d'une stratégie à long terme dont les impératifs, fondés ou non, doivent nous rester secrets.
Les premières bombes tombèrent sur Montignies dès la mi-mai 1940. Elles furent, semble-t'il, larguées par un ou plusieurs appareils alliés contraints de se délester par des ennuis mécaniques, car, manifestement, elles furent semées au hasard et sans aucune justification militaire. Il en tomba près de la place Piret où elles firent plusieurs blessés et tuèrent une femme. D'autres explosèrent au carrefour des rues Jean Jaurès et de la Brigade Piron -à l'époque, rue des Trieux. Les dégâts furent peu importants mais l'atelier de menuiserie de Mr Alphonse Van Houtven, situé à la rue Saint-Charles, fut entièrement détruit par un incendie.

Le mois d'avril 1944, qui allait se révéler si sanglant, commença par un raid de Mosquitos brittaniques qui remontèrent de la vallée de la Sambre par l'avenue du Centenaire. Quelques maisons furent démolies et huit personnes tuées, les premières d'une liste qui allait s'allonger au fil de ce mois. Le 10 avril, la région de Charleroi est bombardée. Il y a cinq morts, de nombreux blessés et d'importants dégâts.
Le 11 avril, un peu avant onze heures, une formation de forteresses volantes apparaît dans le ciel montagnard. Aussitôt, un tapis de bombes descend sur le centre de la commune. La chaussée de Charleroi, les rues Champeau, du Marais, de l'Eglise et des Preys se trouvent au coeur de l'attaque. L'église est sévèrement touchée : la plupart de ses vitraux volent en éclat et la façade semble se tordre. Le toit de l'école des Soeurs s'effondre sur les élèves, mais, heureusement, on n'aura à déplorer, en ce lieu, que quelques blessés. Par contre, dans le quartier du Centre, en ruines, le personnel de la D.A.P., sous la conduite de M. Temlin, et les sauveteurs bénévoles sont soumis à rude épreuve. Ils retireront 123 cadavres des débris fumants. Dans l'ancien sentier allant de la rue de l'Eglise au Blot, à proximité de l'ancienne imprimerie Roisin, de nombreux ouvriers de Sambre-et-Moselle avaient trouvé refuge. Tous y trouvèrent la mort...Sur le grand terril de Saint-André, entre la chaussée de Charleroi et la Sambre, un glaneur de charbon fut tué. Son cadavre ne fut découvert que quatre à cinq jours après.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos © Un reflet dans le miroir du Reflex - Jean-Pierre Arte

source : exposition réalisée par le centre artistique de Montignies-sur-Sambre Terre d'Art

Pour clôturer ces faits malheureux -mais dont le maintien en mémoire est nécessaire-, quelques mots sur l'après libération. Pour honorer la Brigade Piron dans laquelle servirent un nombre appréciable de Montagnards, il fut décidé de rebaptiser la rue des Trieux et de l'appeler rue de la Brigade Piron. La nouvelle plaque fut dévoilée par le Général Piron lui-même en présence d'une foule immense, des vétérans de la Brigade et d'un détachement de cette unité venu spécialement d'Allemagne.

 

Je vais terminer cette page par une anecdote "musicale" et quelques exemples de fêtes à l'ancienne... Un jour (avant 1930) à la fête de la Neuville, qui se donnait encore sur la Vieille Place, la Fanfare de la Neuville et l'Harmonie du Mayeur (l'Harmonie Libérale) devaient donner un concert; malheureusement, l'une et l'autre avaient été convoquées à la même date et à la même heure ! Voilà les deux sociétés, rivales qui plus est, en présence et personne ne veut commencer. Conciliation sans résultat, qui bientôt dégénère en dispute et en pugilat, au cours duquel, les musiciens, coiffés de leurs chapeaux "buses", se donnèrent des coups d'instruments; si bien que non seulement il n'y eut pas de concert cette année à la Neuville, mais il fallut que bon nombre de musiciens rachètent des vêtements. On dit pourtant que la musique adoucit les moeurs... La fête de Montigny était l'avant-dernière de la saison; après venait celle de Ransart et l'on disait : "Dicasse del'Ronsaut, l'hiver au trau" ou encore : "C'est l'dicasse des grives". Les vieux Montagnards s'amusaient encore dans les salles de danse : au Vitrier, à la Barrière, chez Rose, chez Polyte, chez Desgain. Au début, dans ces salles, on payait cinq centimes après chaque danse. A la Saint-Jean et en période de carnaval, on allumait des feux autour desquels la jeunesse tournait en rond. Les feux étaient alimentés par des fagots, que les jeunes gens avaient reçus au cours d'une tournée auprès des gros bonnets du village. Signalons enfin une dernière et bien curieuse coutume. La jeunesse passait dans toutes les maisons, à l'occasion d'une fête, portant chacun une hotte dans le dos; elle obtenait ici un morceau de tarte, là une boulette de viande hachée, ailleurs autre chose; et le soir au cabaret, on dégustait toutes ces bonnes choses avec les amis et surtout avec les jeunes filles.

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vestige des charbonnages de l'Epine.

© Un reflet dans le miroir du Reflex (2010) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie : 1. L'Histoire de Montigny-sur-Sambre par MM Edmond Yernaux, Bourgmestre et Fernand Fiévet, instituteur. (1930) 2. La vie quotidienne à Montigny sous le régime français, de 1794 à 1815 par Mr Claude Yernaux, paru en 1969 aux Editions de la ligue des amis des écoles communales de Montignies-sur-Sambre. 3. Histoire de Montignies-sur-Sambre (le XXe siècle) par Mr Claude Yernaux, Ed. de l'Administration Communale. Sources photographiques : 1. Photos actuelles : Jean-Pierre Arte 2. vues anciennes : tirées du livre de Claude Yernaux cité en 2 ci-dessus 3. cartes postales anciennes : collection Delcampe 4. exposition du centenaire de l'hôtel de ville, cercle artistique de Montignies-sur-Sambre "Terre d'Art" et Mr François De Herdt 5. Google Earth

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Commentaires (4)

1. porignaux 30/05/2012

bonjour je cherche des photos du quartier de l epine dans les annees 1950 il avais un pont qui partais de la rue st zoé a la rue de l epine ou etai le terril ,merci d avance si je pouvais trouver des photos..

2. Henri 13/02/2012

Magnifique JP, des dons cachés....
Je devrais retrouver de la doc pour complèter ta doc.
Bonne continuation.
Un vieux carolo

3. magali 07/12/2011

Félicitations et merci ! mon grand père est né à montigny sur sambre en 1900 et je ne connaissais rien de cette ville ! graâce à vous, je découvre une partie de mon grand père ! MERCI !

4. @mour 02/10/2010

Félicitations. Sachant le temps que cela a pris pour que tu puisses publier ce billet je ne peux que te féliciter pour ton travail.
Gros bisous

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Date de dernière mise à jour : 01/02/2012

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