De Beauregard au Fosteau

 

 

 

Avant d'entreprendre un bas-relief en chêne représentant un vieux coin de Thuin, Franz Langelez (1912-1993) en réalisait un dessin fort précis qui, par piquetage sur le bois, lui servait en quelque sorte de pochoir. Voici l'un de ces dessins, daté de 1988, qui montre, à gauche, une partie de la façade du Mont-de-Piété; en face, les bâtiments de la rue Cambier et de la ruelle du Marché, aujourd'hui tout à fait disparus.

Paroles d'un guide amoureux de sa ville...

En Bord de France, Thuin, capitale de la Thudinie, semble s'être hissée sur un éperon rocheux au confluent de la Sambre et de la Biesmelle. Ville au riche passé, elle fut mentionnée pour la première fois en 866 sous la forme "Tudinio" dans un relevé des biens de l'abbaye de Lobbes. En 888, elle fut cédée à la principauté de Liège jusqu'à la Révolution, soit pendant plus de neuf siècles.

En 972, Notger, le Prince-Evèque, la fit fortifier d'une première muraille en pierre s'étendant de l'actuelle place Albert Ier, où se trouvait le castrum, jusque l'entrée de la Grand'Rue. Au 12e siècle, l'augmentation de la population força la construction d'une seconde enceinte élargissant la première de l'entrée de la Grand'Rue jusque la limite orientale de l'actuel Athénée. Au 15e siècle, une troisième enceinte s'étendra jusque l'actuel hospice.

Ville enchanteresse aux multiples facettes: Ville-Haute agrippée aux rochers et toujours aux aguets opposée au calme des péniches s'offrant un instant au regard des passants avant de s'engager vers d'autres contrées, telle est Thuin.

Potales, postys, venelles, sentes rocailleuses, belvédères jettant l'indiscrétion sur les vallées voisines, autant de
vocables invitant au voyage et à la rêverie parmi les ruelles charmeuses s'insinuant au gré du promeneur à mille lieues
de la tumultueuse vie d'aujourd'hui.

La Ville-Haute, et en particulier la Grand'Rue, rassemble la plupart des anciennes demeures du 17e siècle: les refuges d'Aulne et de Lobbes, les hôtels de Bury et des Brogniez, le refuge des moniales de la Thure, le Collège des Oratoriens..., mais aussi le Beffroi, tour collégiale de Sainte Marie et Saint Théodard, détruite au début du 19e siècle pour créer la place du Chapitre; le Spantole, vieille bombarde d'origine française chère aux Thudiniens et les jardins suspendus s'étendant à flancs de coteaux jusque la vallée de la Biesmelle. Aux abords de la ville, l'Ermitage, le Chant des Oiseaux (drève aux arbres plus que centenaires), le bois du Grand Bon Dieu aux allées bordées de hêtres anciens, les charmilles séculaires du jardin du Berceau entre lesquelles, depuis le 17e siècle, les archers s'exercent à leur art...

La Ville-Basse et son église construite dès le haut Moyen Age par les moines de Lobbes alors propriétaires de tout le site de Thuin. Petite au départ, elle s'agrandit successivement au 12e et au 16e siècles où elle prend son aspect actuel. Le charme pittoresque du quartier du Foussin avec ses ruelles étroites et ses bateliers,dernière commune "libre", nommant son Mayeur.

Quittons un peu les frontières de la ville proprement dite et laissons-nous charmer par la périphérie. Partout où nos pas nous entraînent, ils se retrouvent dans l'eau, parmi les bois ou les champs. Les méandres capricieux de la Biesmelle ont choisi de se diriger vers Ragnies...Suivons-les... Nous voici à la cascade Saint Jean, un joyau naturel provoquant l'admiration des touristes installés sur le banc rustique à l'ombre des résineux...

Chaque Village à son charme: Ragnies "Plus beau village de Wallonie", et son église dédiée à Saint Martin, Biercée et
ses fruits, Leers et Fosteau et son château, Donstiennes, ses vastes champs de culture et son moulin, Thuillies,
ses fontaines et son hameau d'Ossogne, la fraîcheur discrète de Biesme, royaume de maître Crapaud...

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Au pied de la chaussée Notre-Dame, cette unique voie d'accès entre Ville-Basse et Ville-Haute, a été érigée en 2000 une statue de St-Roch, patron guérisseur des maladies épidermiques (peste, choléra...). Il est honoré annuellement par une de ces marches typiques de l'Entre-Sambre-et-Meuse, la procession et marche militaire Saint-Roch, colorée d'uniformes napoléoniens et imprégnée de l'époque impériale. L'oeuvre, coulée en bronze, est due à une artiste locale, Martine Botson, dite "Toma", au style anguleux si original.

"J'ai ressenti, dit l'artiste, l'exaltation de prendre une motte d'argile, de la malaxer sans idée préconçue, de tirer parti des formes simplement allusives, qui apparaissent aléatoirement, de les préciser, de leur donner vie, et probablement de projeter les fantasmes enfouis au plus profond de mon être. Et l'idée m'est venue de planter dans l'argile mes émotions propres. Et est venu le Flash, coup de foudre pour la réalisation de cette sculpture dans cette matière noble qu'est l'argile".

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Cette affiche de très grande dimension imprimée à Frameries (dans le Borinage), évoque la marche militaire Saint-Roch, illustrée par un jeune tambour et des grenadiers de l'Empire entourant le Saint. Les armes hollandaises de Thuin frappent le coin supérieur gauche. Mais un renseignement se révèle bien plus intéressant : la Saint-Roch de mai 1906 fut la 39ème procession du nom, ce qui amène à la dater de bien moins loin dans le temps que les affiches actuelles qui en font une une manifestation plus que tricentenaire. La première marche dédiée spécialement à St-Roch ne devrait remonter qu'à 1867, peu après une épidémie de choléra.

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Photos et images précédentes provenant de diverses sources; photos ci-dessous de Jean-Pierre Arte

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Les photos, dans l'animation qui suit pour clôturer cette page, ont été prises le samedi 9 octobre 2010 entre 07h16 et 09h27 pour être précis, par votre serviteur. J'ai moi-même vécu six mois à Thuin, à la rue du Fosteau. C'est peu, beaucoup trop peu que pour dire que je connais cette
ville. Mais ce fut suffisant pour que, depuis mon départ en décembre 2003, j'en sois tombé sous le charme. J'y suis retourné, en tant que photographe, en août 2009 et août 2010 mais je n'y avais pas trouvé la luminosité que je désirais. Ce 09/10, fort d'un bulletin météo très prometteur, je me suis donc mis en route "un peu" avant l'aube, soit à 06h45 en y croyant. En toute modestie (quoique...), le résultat me donnât raison.
La première photo, juste après le très beau texte de Maurice des Ombiaux, montre une voûte d'une des nombreuses et si pittoresques ruelles de la cité. Celle-ci, tortueuse, dévale du haut de la ville et consitue un raccourci en direction de la gare. De cet endroit précis, on ne peut pas ne pas remarquer, plantée sur son éperon, la construction fort originale du château BeauRegard.


Situé sur un éperon rocheux, le Château Beauregard offre une vue imprenable sur la Ville de Thuin. On y accède en voiture ou à pied par "le sentier des poètes" très jolie promenade privée jalonnée de pierres gravées aux noms des poètes régionaux. Construit en briques et en pierre de 1900 à 1918 pour le bourgmestre V. Vilain et notamment habité par l’architecte Michel Louis, cette belle bâtisse est encore caractérisée par l’architecture rustique et bourgeoise du xixe siècle, intégrant tours et corps de bâtiments sous toitures d’ardoises en pavillon ou en bâtière, colonnes, hautes cheminées… La visite guidée du château et des alentours dure une bonne heure et comprend aussi "le sentier des poètes".

Malgré l'heure très matinale, la plupart des clichés l'ont été sans utilisation du flash, tant l'ensemble est éclairé judicieusement à grands renforts de puissants projecteurs. Cet éclairage et l'absence de flash confère à ce bâtiment hors du commun, un aspect, un éclat que je n'ai pas encore trouvé ailleurs.
Parmi ces photos, se trouve celle d'un escalier en bois. Je n'ai pu l'emprunter car, comme on le distingue sur la droite, l'accès est bloqué par une porte grillagée et dûment cadenassée. Je peux toutefois supposer qu'il s'agit -ou devait s'agir- du départ d'une promenade à travers bois en direction de la Ville-Basse ou, plus plausible encore, du "sentier des poètes". Actuellement, après une période de désertion, le Château Beauregard abrite un restaurant de renom, organise des séminaires et même des excursions au départ de son imposante implantation. A raison, le château et ses dépendances ont été classés "Monuments et Sites" depuis 1979.
Plus de détails sur http://www.chateaubeauregard.be

Après avoir photographié le levant du jour sur Thuin embrumé et une vieille ferme encore en activité, située au pied de Beauregard, j'ai pris la direction de Ragnies en empruntant la rue du Fosteau qui, tout comme les rues avoisinantes sont en cours de complète réfection.
Ragnies, commune de l'entité de Thuin, est classé officiellement comme l'un des plus beaux villages de Wallonie. Ragnies, c'est aussi le lieu d'un autre château, celui du Fosteau.

Au sommet d'une ondulation, se profile la silhouette imposante du Château du Fosteau. Cet ensemble remarquable ponctué aujourd'hui de 7 tours regroupe autour d'une grande cour polygonale, une maison forte de la fin du XIV siècle, et une basse-cour fortifiée du XVII siècle, remaniée au XVIII et XIX siècle. Une seconde ferme lui a été rattachée vers 1839. Un sobre jardin à la Française descend en terrasses successives jusqu'à un étang. L'une des principales curiosités du domaine est sans conteste la maison forte, isolée par des douves assèchées. Cet édifice comporte 3 niveaux sur un soubassement chanfrainé. Les deux premiers niveaux ont été élevés en moellons de calcaire au XIV - XVeme siècle, tandis que le dernier a été construit en briques en 1599. Les percements sur cour ont été remaniés au XIXeme siècle, à l'exception de 3 fenêtres à croisée. La maison forte renferme la prestigieuse salle des Chevaliers (fin XIVeme), une des plus belles salles gothiques de Belgique. Le château et ses dépendances sont classés comme monument, et les alentours comme site, depuis 1979.

A la prochaine, portez-vous bien, soyez heureux et n'oubliez pas vos sourires quotidiens !

Sourire




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