PECROT - BUIZINGEN : 10 ANS

 

© Jean-Pierre Arte

Je ne suis pas un juge. Ce site n'est pas un tribunal. Le 15 février 2010, complètement paniqué à l'annonce de la catastrophe de Buizingen, j'ai sauté sur mon gsm. Le train en provenance de Tournai vers Bruxelles était celui qu'utilisait mon fils quotidiennement pour se rendre à son travail. Soulagement lorsqu'il a décroché aussitôt. Il n'était pas dans le convoi concerné, uniquement suite à un retard de son autobus...

Restant à l'écoute des médias, ce soulagement a vite fait place à de l'effroi, de la tristesse au fur et à mesure que les chiffres tombaient. Lourds. Trop lourds. A ce moment, pas encore de sentiment de colère. Ce n'est que quelques heures plus tard, lorsque les journalistes ont forcément parlé d'une nouvelle catastrophe, une de plus, que les questions me sont venues. Comme à tout le monde, je crois.

Je l'ai dit en commençant : je ne suis pas juge. En fait, je ne suis même qu'un usager très exceptionnel de la Société Nationale des Chemins de fer belges. Le but de ce billet n'est donc pas de prendre position puisque je n'ai pas l'expérience voulue de ce style de transport mais de proposer quelques notes glanées ici et là et d'offrir au souvenir une liste trop longue d'accidents ferroviaires en Belgique depuis...1858 mais en ne prenant en compte que ceux les plus marquants.

 

Rails à Farciennes. Photo Jean-Pierre Arte ©

PECROT

 

Le tribunal de police de Nivelles a condamné, ce mercredi, la SNCB à une amende de 99.157,41 euros avec un sursis de 5 ans

WAVRE La compagnie ferroviaire vient donc d'être condamnée pour sa responsabilité pénale dans le cadre de la catastrophe ferroviaire de Pécrot. La condamnation est assortie de la condition que la SNCB réalise endéans trois ans des aménagements de sécurité sur son réseau pour un montant correspondant à l'amende.


La société belge de chemins de fer a été reconnue coupable de fautes primordiales dans la formation et le suivi de neuf agents qui sont intervenus dans la gestion de la crise. La collision entre deux trains à Pécrot avait fait huit mort et une douzaine de blessés le 27 mars 2001.

"Un grand jugement"

La condamnation avec sursis de la SNCB dans le procès de la catastrophe ferroviaire de Pecrot est «un grand jugement «, a réagi Me Estienne, avocat de trois parties civiles, à l'issue du prononcé. Pour la SNCB, Me Kuyper a indiqué que l'entreprise publique prenait note du jugement et prendrait le temps d'examiner si elle interjettera appel.

«Il est réconfortant qu'un tribunal de police, considéré comme l'échelon le plus petit de la pyramide judiciaire, rende un jugement aussi fouillé et motivé », s'est réjoui Me Estienne. L'avocat a relevé aussi avec satisfaction que le tribunal de police s'était déclaré compétent pour juger d'un accident survenu sur le réseau ferroviaire. Quant au montant de l'amende (près de 100.000 euros, là où le ministère public en avait requis 240.000), Me Estienne lui accorde moins d'importance qu'au fait que le tribunal a reconnu la faute, par défaut de prévoyance et de précaution, de la SNCB dans la formation de ses agents. «Il ne faut pas oublier non plus que c'est le contribuable qui se trouve derrière l'amende », a également relevé Me Estienne.

Du côté de la SNCB, Me Kuyper a dit prendre acte de la décision du tribunal, mais attendre encore avant d'annoncer si l'entreprise publique interjetterait appel. «La SNCB n'a pas attendu cette condamnation pour réagir aux conséquences de la catastrophe », a-t-il réaffirmé, soulignant que la société ferroviaire avait déjà entamé l'indemnisation des victimes.

Même constat pour la sécurité et la formation: «La SNCB a, depuis la catastrophe, déjà amélioré la formation des agents et la sécurité », a souligné Me Kuyper. Pour l'indemnisation des parties civiles et la reconnaissance de leur constitution (contestée par la SNCB), le tribunal de police a fixé rendez-vous aux parties le 8 décembre prochain.

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Caténaire sur les voies entre le parking du Palais des Expositions et la chaussée de Bruxelles.

Photo Jean-Pierre Arte ©

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31 mai 1858 : Havré. 26 morts

3 février 1889 : Groenendael. 22 morts, une quarantaine de blessés

21 mai 1908 : Kontich. 41 morts et plus de 300 blessés. Le jugement fera état d'un problème de communication entre le signaleur (néerlandophone) et le chef de chantier (francophone)

17 avril 1929 : Hal. 11 morts et 49 blessés

26 septembre 1953 : Jemeppe-sur-Sambre. 4 morts, 217 blessés

2 décembre 1954 : Wilsele (Leuven) 20 morts, une quarantaine de blessés

25 mars 1969 : La Louvière. 16 morts et une centaine de blessés

15 août 1974 : Luttre (Pont-à-Celles) 18 morts et 48 blessés. S'il n'y a pas d'explication officielle, l'entretien de l'infrastructure fut mis en cause.

27 juin 1976 : Neufvilles. 11 morts et 38 blessés. L'enquête a mis en évidence l'utilisation d'une tringlerie défectueuse. L'atelier responsable de leur fabrication étant dépassé par la demande, les services responsables de l'assemblage des appareils de voie en avaient réalisé avec un métal innapproprié.

5 octobre 1991 : Dalhem. 7 morts et une trentaine de blessés dans le train touristique Li Trimbleu. Ayant constaté des problèmes de freinage, le machiniste -qui opérait seul l'ensemble du convoi- avait quitté son train pour demander de l'aide par téléphone, sans effectuer les élémentaires procédures d'immobilisation.

22 mai 1996 : Anderlecht. Deux jeunes "jouent" à précipiter des blocs de béton sur les trains passant en contrebas d'un pont. Le conducteur du train InterCity Gand-Bruxelles-Namur est tué sur le coup par un de ces blocs qui pulvérise son pare-brise. L'accompagnateur qui était à ses côtés fut blessé et fortement choqué.

21 avril 2000 : Aiseau-Presles. Des enfants "jouent" à mettre des obstacles sur les voies et parviennent à coincer un aiguillage. Un train déraille et emboutit un convoi de voyageurs venant en sens inverse. Le conducteur de l'automotrice décède et plusieurs passagers sont gravement blessés.

27 mars 2001 : Pécrot. La collision frontale en gare de Pécrot entre un train de voyageurs et une rame vide roulant à contre-sens fait huit morts et douze blessés. Selon le jugement, l'accident est dû à une série de dysfonctionnements, principalement des erreurs humaines et des procédures de coordination et de sécurité insuffisantes pour pouvoir traiter rapidement une situation critique.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo www.demorgen.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo Belga www.ptb.be       

27 avril 2007 : Izegem. Un train de voyageurs est percuté à l'arrière sur la ligne Ostende-Courtrai par une rame à vide alors qu'il quitte la gare d'Izegem. L'accident serait dû à une mauvaise (re)configuration de la signalisation ferroviaire, suite à des travaux d'infrastructure. 51 blessés dont 3 graves.

23 mai 2009 : Dinant. Un voyageur arrivé tardivement tente de grimper par la porte -ouverte- du convoi qui s'ébranlait pendant que le contrôleur terminait les opérations de départ. Le voyageur et l'accompagnateur tombent sous le train. Ce dernier doit être amputé des deux jambes alors que le voyageur perd quelques orteils. Cet accident soulève la compatibilité de la procédure de départ de la SNCB avec la société d'aujourd'hui.

 

Photo Jean-Pierre Arte ©

19 novembre 2009 : Mons. Une automotrice AM96 à trois caisses assurant le dernier train InterCity de la journée déraille sur la courbe d'entrée de la gare de Mons, en provenance de Tournai (ligne 97). La voiture de tête se désolidarise des deux suivantes et se retrouve sur les voies de la ligne 96, couchée sur le flanc et sévèrement déformée. Les deux autres caisses s'arrêtent dans le talus au bas de la ligne 97. L'accompagnatrice de 26 ans est tuée sur le coup, alors que le conducteur est grièvement blessé. Un passager est également blessé.

15 février 2010 : Buizingen. Deux trains de voyageurs entrent en collision, lundi 15 février 2010 vers 08h30 à Buizingen, à la sortie de la gare de Hal, sur la ligne Bruxelles-Mons-Quiévrain. Le bilan fait état de 19 morts et 162 blessés.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est un rapport très critique vis-à-vis des patrons de la SNCB et des responsables politiques que les experts chargés d'enquêter sur la sécurité du rail à la suite de la catastrophe de Buizingen ont présenté ce mercredi en Commission spéciale de la Chambre.

Le Sénateur MR François Bellot, Chef de Groupe MR au Sénat et ancien Président de la Commission sécurité du rail créée par le Parlement au lendemain de la catastrophe de Buizingen qui avait fait dix-neuf morts, n'est pas surpris et n'hésite pas à qualifier ce dernier rapport de «cinglant pour la situation belge.»

Il rappelle dans un chat avec les lecteurs du «Soir» que son équipe avait, à l'époque, demandé 3 rapports:

«Un à la Cour des Comptes pour les aspects financiers, un à l'organisme européen pour l'analyse comparative entre les accidents en Belgique et ceux survenus à l'étranger et un sur la situation belge. Le rapport est cinglant et très sévère pour la situation belge,» a-t-il commenté.

Pour François Bellot, dans la situation actuelle, et en tout état de cause «le rail belge est dangereux. En tous les cas plus dangereux que les réseaux voisins. Le rapport le dit. Le niveau de risque augmente d'année en année sur le réseau belge.»

Et d'ajouter qu'à la SNCB, «la culture de la sécurité est totalement inexistante, le changement qui doit être opéré est clair...»

L'année dernière, quelque 97 feux rouges ont été brûlés sur le réseau belge, soit proportionnellement 10 à 15 fois plus qu'en France, a encore constaté François Bellot.

«Comme dans tout déplacement, le risque zéro n'existe pas. Depuis la SNCB, en plusieurs dizaines d'années, il y a eu 180 morts à déplorer dans des accidents de train. Sur le même temps 32.000 morts sur les routes,» a ajouté le Sénateur MR.

Pour remédier à la situation, François Bellot préconise la mise en place d'un «groupe de très haut niveau avec des pouvoirs importants, comprenant: le ou la ministre, les patrons de la SNCB, les organisations syndicales et qu'on ne me parle plus de guerre des syndicats car ils ont aussi une part importante de responsabilité dans cette culture abominable de la SNCB et les représentants des navetteurs qui finalement sont les premiers concernés. Et chacune des 4 branches doit avoir les mêmes pouvoirs.»

Enfin, parmi de nombreux autres sujets, François Bellot a aussi rappelé, à la suite des grèves qui ont paralysé le rail lundi et mardi, prenant en otages des milliers de navetteurs, la nécessité de mettre en place un service minimum, comme le MR le réclame d'ailleurs depuis de nombreuses années:

«Des dispositions sur le service minimum ou la continuité du service public existent quasiment dans tous les pays. Le système qui me paraît le plus adéquat est le système italien: interdiction de grève dans les heures de pointe sous peine de poursuite pénale! Quand le contribuable belge paie 3 milliards d'euros par an de subsides, soit 2 milliards de fb par semaine, il est en droit d'attendre le service public!»

----Extrait du site www.mr.be  Le webmaster décline toute responsabilité quant à la teneur des propos ci-dessus. En outre, il précise que cet article a été "sélectionné" parmi d'autres et qu'il ne présente absolument pas une revendication politique, ce site se voulant libre et complètement neutre.

Pour en terminer, j'aimerais vous proposer un montage que j'ai réalisé à l'époque de cette dernière catastrophe de Buizingen. Veuillez me pardonner quelques petites erreurs de synchronisation avec certains titres mais j'ai travaillé un peu trop vite. Il montre le paradoxe entre l'enchevêtrement de ferrailles tordues en gare de Hal et la somptuosité discutée -et discutable ?- de la luxueuse nouvelle gare de Liège-Guillemins.

Je rappelle que ceci n'est qu'un exposé. J'aurais pu prendre des positions nettement plus tranchées. Je ne l'ai pas fait par respect entre toutes les victimes, directes et indirectes, de ce jour noir sur la voie de ce que d'aucuns considèrent encore comme un accident en se retranchant derrière ce que l'administration de la société a fait pour hausser le niveau de sécurité sur le Rail allant ainsi à l'encontre des "petits", ceux de la base, qui continuent, eux, à s'inquièter. A tort ou à raison ?

Malgré tout, portez-vous bien, soyez heureux et n'oubliez pas de sourire...si cela vous est encore possible 

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Commentaires (1)

1. Robert 13/02/2012

Bonjour, Avant d'être le président de la commission de sécurité du rail Monsieur Bellot aurait siégé dans la commission qui supervise les questions de mobilité et du rail et donc la SNCB Est-il possible de vérifier cette info. Dans la mesure où la Commission d'Enquête a reconnu la responsabilité du pouvoir politique (donc pas seulement les ministres). merci. Bob.

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